Khôl, henné et bijoux

Symboles intemporels de la beauté dans le monde arabo-musulman

La beauté, dans le monde arabo-musulman, et plus particulièrement au Maghreb, est un langage subtil, où chaque geste et chaque ornement racontent une histoire ancienne, teintée de mystère et de séduction. Trois symboles emblématiques incarnent cet art de l’esthétique : le khôl, le henné et les bijoux.

 

Le Khôl, le regard qui captive

Le khôl, poudre noire extraite de minéraux comme la galène (du latin galena et du grec galene, « minerai de plomb »), ne se limite pas à une simple touche esthétique. Il souligne le regard, lui donnant une intensité magique voire presque magnétique. Dans l'imaginaire collectif, un regard ourlé de khôl évoque la profondeur, le mystère, et la séduction discrète. Mais le khôl possède aussi des vertus protectrices : il était utilisé pour protéger les yeux des rayons du soleil et éloigner le mauvais œil. Mais pour beaucoup de femmes, le khôl est un héritage, un rituel transmis de mère en fille, perpétuant ainsi un art ancestral de la beauté.

 

D’ailleurs, dans la poésie populaire algérienne, notamment dans le genre du melhoun (el malhoun ou malhun, en arabe : الملحون), le khôl est fréquemment évoqué pour décrire la beauté féminine. Le melhoun désigne la poésie populaire écrite en arabe maghrébin, qu’elle soit d’origine nomade ou citadine. Ce terme fait référence à une forme de poésie dialectale propre au Maghreb, ainsi qu’à la langue arabe dans laquelle elle s’exprime.

 

Pour exemple, le poète Mohammed Benmsayeb (célèbre pour sa poésie melhoun au XVIIIᵉ siècle) mentionne le khôl dans ses vers pour magnifier le regard de l'être aimé :

 

"Tes yeux, ornés de khôl, sont deux perles noires qui ensorcellent mon âme."

 

Cette citation met en lumière l'importance du khôl dans la culture maghrébine, où il sublime le regard et incarne la séduction.

Pour une immersion plus profonde dans l'œuvre de Mohammed Benmsayeb, vous pouvez visionner une interprétation de l'un de ses poèmes chantée par M. Ghaffour et Abdelsalam dans une video, ici

 

Le Henné, entre magie et séduction

Le henné, plante aux mille vertus, colore la peau de motifs délicats et éphémères. Il est utilisé lors des grandes célébrations — mariages, fêtes religieuses — et symbolise la joie, la prospérité et la protection. Les dessins, souvent inspirés de motifs floraux ou géométriques, sont aussi une forme d’expression personnelle, une manière pour les femmes de séduire tout en respectant les codes de la pudeur. Enduire ses mains et ses pieds de henné devient ainsi un acte à la fois spirituel et sensuel.

 

Dans la poésie galante comme celle du poète arabo-andalou Ibn Zaydûn (XIᵉ siècle), le henné est aussi évoqué. Né à Cordoue vers 1003 et mort à Séville le 14 avril 1071, sa poésie est dominée par la relation qu’il entretient avec la poétesse Wallada bint al-Mustakfi, fille du dernier calife omeyyade de Cordoue Muhammed III. Dans l’un de ses écrits Diwan où il fait le portrait esthétique mais aussi social de l’être aimée, il parle de ses mains teintes de henné et ses doigts en couleur de vin. Pour lui :

"Le henné embellit les mains et le corps."

Ces vers illustrent l'importance du henné dans la culture arabo-musulmane, symbolisant à la fois l'embellissement et les traditions festives.

 

Les Bijoux, parures de pouvoir et de charme

Les bijoux traditionnels maghrébins ne sont pas que de simples ornements. Chaque pièce, qu'il s'agisse de fibules berbères, de colliers d'ambre ou de bracelets d'argent, porte en elle une signification profonde. Les bijoux protègent, séduisent, affirment un statut social et racontent l’histoire d’une lignée. L’argent, souvent préféré à l’or dans certaines régions, est réputé éloigner les forces maléfiques, tandis que certaines pierres, comme le corail rouge, sont associées à la fertilité et à la chance.

 

Dans le poème "Les deux orphelines" d'Ibn Zaydûn encore, le poète décrit :

"Elles ont des colliers qui, par leur éclat, rivalisent avec les étoiles du ciel,

Et des boucles d'oreilles qui, par leur brillance, défient les astres lumineux."

Les bijoux sont célébrés une fois encore dans la poésie arabo-musulmane, symbolisant non seulement la beauté, mais aussi le lien profond entre l'ornement et l'éclat céleste.

 

Une beauté codifiée mais puissante

Ainsi, la séduction au Maghreb passe par des symboles forts et chargés d’histoire. Le khôl intensifie les regards, le henné habille la peau de mystère, et les bijoux murmurent les récits des ancêtres. Ces symboles, bien plus que de simples artifices, sont les gardiens d’une beauté codifiée, où chaque geste est une danse entre le visible et l'invisible.

Dans Le Sérail, nous croyons que la beauté puise sa force dans ces traditions séculaires. Redécouvrir ces rituels, c’est renouer avec une féminité profonde et envoûtante.